Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Mahdi Belhaddad, premier sous-préfet algérien.

 D'après Yves Courrière, dans "La guerre d'Algérie", L'heure des colonels. Les faits relatés sont significatifs de l'action de Maurice Papon, préfet régional de l'Est algérien.

 Page 332

          « Un homme ne se faisait guère d'illusions sur l'intégration telle qu'on la criait sur les places publiques ou qu'on la réclamait dans les programmes activistes civils ou militaires « vivement conseillés" au général de Gaulle. Cet homme s'appelait Mahdi Belhaddad et il était le seul sous-préfet musulman de l'administration française.

         C'est Maurice Papon, préfet de Constantine sous Lacoste, qui, ayant remarqué ce fonctionnaire, l'avait imposé à son cabinet au  grand dam des militaires.

         Pourtant, Mahdi Belhaddad avait un passé éloquent : quarante ans, mutilé de guerre, amputé d'un bras « au service de la patrie », officier de la Légion d'honneur, médaille militaire, caïd des services civils. Jusque-là ça allait. Sa nomination comme sous-préfet hors cadre en mars 1957 et surtout le rôle qu'il était appelé à jouer comme chargé de mission au cabinet de Maurice Papon avaient déchaîné les jalousies. Les militaires battaient froid à ce fonctionnaire qui avait alerté son patron sur le scandale de la cité Ameziane, camp ultra-secret, où le commandant R.... officier de la plus basse espèce, qui sera traduit devant les tribunaux après les Barricades, torturait les prisonniers et les «suspects » raflés dans la région. Belhaddad, Kabyle bien que né dans l'arrondissement de Batna dans l'Aurès, était outré de voir combien les pouvoirs dévolus aux civils étaient faibles par rapport à ceux des militaires. La situation était telle, depuis que Lacoste avait remis à Alger les pouvoirs de police aux militaires, que des hommes comme Papon ou Belhaddad n'osaient se rendre au centre de torture de la cité Améziane. S'ils y allaient et que, le lendemain, les tortures continuaient - ce qui était certain - ils les « couvraient » de leur présence ! Au cabinet de Maurice Papon, Belhaddad était chargé de maintenir le contact avec la population musulmane et aussi avec ceux qui eux-mêmes étaient en relation avec le Front. Le préfet attachait beaucoup d'importance à cette mission en une période où la population de l'Est algérien, déracinée par la politique des regroupements, était ballottée. Belhaddad expliquait que naturellement la population était contre ces regroupements mais Papon, devant jeter du lest aux militaires, était parvenu à « couper la poire en deux » et à regrouper les habitants non loin de leurs champs.

         Imposé par Papon, Belhaddad assistait à toutes les réunions secrètes civilo-militaires. Le préfet ne manquait jamais de lui demander son avis avant de conclure. Les militaires, eux, limitaient leur contact avec le sous‑préfet musulman à « bonjour - bonsoir, monsieur le sous-préfet », tout en ne manquant pas d'exploiter ce que, Belhaddad appelait une malhonnêteté : « Vous voyez bien que nous avons les musulmans avec nous... vous voyez bien que nous sommes libéraux... la preuve - M. Belhaddad est né à Chiz, il est musulman. Et sous-préfet ! » Il était devenu l'Introuvable.

         Puis Papon, quittant Constantine, fut remplacé par le préfet Chapel1. Celui-ci, au 13 mai, ne voulant pas se dessaisir des pouvoirs que la République lui avait confiés, fut « expulsé » dans le même avion que Paul Teitgen. Belhaddad, sous-préfet, ayant adopté la même attitude, subit le même sort sur l'ordre du général Gilles qui, - le 13 Mai ayant enfin « réussi » - détenait les pouvoirs civils et militaires.

         Et puis ce fut le grand élan de la fraternisation et Gilles "rattrapa" de justesse Belhaddad à l'aérodrome de Télergma. Il fallait un Algérien de service ! …..»

 Plus loin, page 334:

          « Et ce fut la tournée de de Gaulle. Après Alger, le 4 juin, le général visita, le 5, Constantine et Bône. Gilles fit revenir Belhaddad « pour l'exhiber au général », comme nous le raconta le préfet des années plus tard.

         « Mon général, voici M. Belhaddad, sous‑préfet hors cadre. »

         Et il ajouta en aparté : « Sous-préfet musulman...

         - Content de vous voir, monsieur le sous-préfet ».

         On se serra la main et au suivant. On l'avait montré et l'on pouvait le remettre dans sa boite. Ce que Gilles et les militaires de l'Est algérien ignoraient, c'est que le colonel de Boissieu, gendre du général de Gaulle, qui commandait à Châteaudun-du-Rhumel, avait été alerté par Papon, devenu préfet de police à Paris, sur la situation du sous-préfet Belhaddad. Et Boissieu avait glissé au sous-préfet :

« Ne vous inquiétez plus, le général est au courant. Il va s'occuper de vous. »

         La nomination de Mahdi Belhaddad, fonctionnaire musulman, à la tête de la  sous-préfecture d'Aïn-Beïda éclata comme une bombe et provoqua une levée de boucliers significative de la façon dont on entendait mener l'intégration en Algérie. »

 Plus loin, page 335:

          «L'installation se fit sans apparat. Avec l'aide du général Ollier, Belhaddad  avait gagné, c'était l'essentiel. Mais la vindicte des milieux les plus activistes le poursuivra longtemps….»

 Yves Courrière décrit les actions de retardement entreprises par les milieux "Algérie française" et conclut :

          «Mais Belhaddad était à son poste. Il y avait vraiment quelque chose de changé en Algérie. »

 Note 1 : Maurice Papon avait beaucoup d'estime pour Jean Chapel qui avait été Chef de cabinet du préfet régional Sabatier à Bordeaux,  pendant qu'il était Secrétaire général de la préfecture de la Gironde.