Jacques Villette: Pour la réhabilitation de Maurice Papon
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Les victimes d’octobre 1961 à Paris.

    Avant d’entrer dans l’étude détaillée des chiffres, il faut rappeler le caractère puéril des allégations selon lesquelles la police aurait dissimulé un grand nombre de cadavres. Si faire disparaître un cadavre est possible quand cela a été préparé, en faire disparaître un grand nombre est, par contre, impossible dans l'improvisation et avec de nombreux témoins. Les événements d’octobre relèvent de la deuxième hypothèse.

    La police française est le reflet de la nation, et les opinions politiques des policiers recouvrent l’éventail de celles des Français. La police, par la formation qu’elle offre, permet une promotion sociale, et le policier moyen est souvent d’origine modeste. Les syndicats policiers expriment le plus souvent des opinions politiques de gauche. L’idée d'une complicité pour couvrir la dissimulation de nombreux cadavres est abusive. Par contre, il est possible que des policiers, par esprit de corps, n’ont pas hésité à couvrir leurs collègues dont les nerfs avaient lâché. Les Algériens tués en octobre 1961 par des policiers, ont été victimes d'une minorité qui avait des sentiments pro OAS. De nombreux policiers avaient combattu en Algérie et partageaient les sentiments de l'Armée.

    Jean Paul Brunet, dans son étude, a été frappé du recoupement très important des sources d’information. Dans la police, comme dans tout corps de l'Etat, les informations sont transmises aux échelons supérieurs et à des instances latérales. Par exemple, une information judiciaire est ouverte pour tout décès suspect, et elle suit son cours sans que les policiers puissent l’interrompre. Si avec le temps, des archives sont détruites, il est possible de reconstituer les événements par recoupement avec d’autres sources. Il n’est donc pas raisonnable de mettre en doute les résultats de l’étude des archives, même si on regrette que certaines aient été détruites.

Le bilan

    Nous rappelons qu'en 1961, Maurice Papon était Préfet de police du département de la Seine qui comprenait alors Paris et les arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux. Sa responsabilité territoriale s’étendait de Colombes à l’ouest jusqu’à Champigny-sur-Marne à l’est, et de Orly au sud jusqu’à Pierrefitte-sur-Seine au nord.

    Nous utilisons ci dessous les informations fournies par Jean Paul Brunet dans le chapitre 13 de son livre. Il identifie les morts simplement par une lettre, et par le numéro d’enregistrement IML (Institut médico légal) pour les chercheurs qui voudraient approfondir le sujet.

    Les personnes trouvées sur la voie publique sont emmenées à l’IML toujours avec quelques jours de retard.

    Le bilan selon son étude est le suivant :

    3 tués déclarés par la police pour la journée de 17 ;
    2 tués déclarés pour celle du 18.       

        A ces 5 tués, J. P. Brunet ajoute :
    I., noyé au pont Saint-Michel le 17,
    K., renversé par un véhicule à Nanterre.

        Il ajoute les morts sur les lieux de détention :
    Mallek Amar (tentative d’évasion (?) au stade de Coubertin dans la nuit du 20 au 21) ;
    M. (arrivé le 21 au Palais des sports, étouffé au fond d’un car).

        Il ajoute 4 cas de "mort différée", de victimes décédées des suites de coups :
    M., décédé le 23 octobre ;
    D., décédé le 26 octobre (mais il semble avoir été envoyé de Poissy),
    B., décédé le 2 janvier 1962 à Corentin-Celton (on ne sait d’où il venait) ;
    M., décédé à la Salpetrière le 31 décembre.

        Ces treize cas sont estimés quasi certains par J.P. Brunet. Il pense devoir ajouter huit autres cas qu'il qualifie de vraisemblables :
    R. (IML n0 2167), et B. (IML n0 2168), repêchés dans la Seine le 19 octobre au matin en aval du pont d’Argenteuil à Gennevilliers ;
    5 dans le ressort du parquet de Versailles (rive droite) : 2 Algériens non identifiés retrouvés dans la Seine à Argenteuil le 22 ; 3 autres repêchés au pont de Bezons le 24 ;
    et B. (IML n0 2226), repêché dans la Seine quai de la Gare, le 26 octobre,

        A ces 21 cas, J.P. Brunet ajoute 4 cas qu’il qualifie de possibles :

B. (IML N° 2255) repêché en Seine en aval du pont Saint Michel ;
Y.(IML N° 2194) trouvé le 23 octobre rue Ferdinand Duval ;
R. (IML N° 2117) repêché en Seine à Vitry sur Seine ;
T (IML N° 2230) repêché en Seine le 26, quai des Grands Augustins.

        A ces 25 cas qu'il qualifie de certains, J.P. Brunet pense pouvoir ajouter 6 autres cas incertains parmi les cadavres non identifiés, et arrive donc à un total compris entre 25 et 31 cas.

    Il faut noter des morts recensés par l’IML, sont attribués au FLN :
    G (IML N° 2207) décédé à la suite d’un attentat ;
    S (IML N° 2179) rétif aux ordres du FLN, enlevé à son domicile ;
    I (IML N° 2252), ivrogne rétif aux injonctions du FLN, trouvé dans le canal de l’Ourcq.

    Il faut noter une mort qui semble naturelle et un souteneur tué par un rival.

    Les morts trouvés dans Paris semblent être la conséquence de la journée du 17 octobre.
    Ceux trouvés à l’ouest de Paris, semblent être la conséquence de la soirée et de la nuit du 18 octobre, dans la zone Nanterre, Colombes et la Garenne Colombes, où les évènements furent les plus violents d’après les rapports de police. Un coup de feu tiré sur un car de police provoqua de véritables fusillades qui firent de nombreux blessés. Des gendarmes ont même été atteints par des policiers.

    Les policiers étaient armés avec des armes de faible puissance, généralement de calibre 7,65 mm, ce qui explique le faible nombre de décès malgré le grand nombre de blessés conduits dans les hôpitaux.

    Note sur les estimations de J. P. Brunet : Ses estimations sont orientées, car il considère que tous les noyés ont été victimes de la police. Quelques noyés retrouvés à Argenteuil et au pont de Bezon, d'après des témoignages, avaient été égorgés avant d'avoir été jetés à la Seine. Il est plus probable, qu'ils ont été victimes du FLN qui pratiquait l'égorgement, chose difficile à imaginer de la part de policiers agissant en groupe.

La dérive meurtrière

    Un chapitre du livre de J. P. Brunet est consacré à ce qu’il appelle la dérive meurtrière, qui a précédé les évènements du 17 au 19 octobre. Dans les 2 mois qui précédèrent les manifestations, il y eut une recrudescence de meurtres de policiers par des Algériens et de meurtres d’Algériens par des policiers, avec la participation d'activistes qui n’étaient pas nécessairement des policiers. Un véritable contre terrorisme commença à se développer, phénomène que les syndicats de police détectèrent et qui les inquiétèrent. Les policiers de Colombes furent déjà les plus violents.

    Dans une réunion de syndicalistes, l’un d’eux rapporta que, dans un commissariat, Maurice Papon avait dit aux policiers qu’ils devaient tirer s’ils se sentaient menacés, et qu’ils seraient alors couverts par leur hiérarchie ; mais la majorité des syndicalistes rapportèrent que, dans les commissariats, Maurice Papon avait surtout insisté pour que les policiers restent dans la légalité. La première assertion est souvent présentée comme une preuve de la responsabilité de Maurice Papon, mais elle l'est, alors, en supprimant la restriction : " Quand vous vous sentez menacés... ".

Conclusion de la rédaction du site

    Que serait il arrivé si Maurice Papon n’était pas allé dans les commissariats soutenir le moral des policiers ? Le monument aux morts de la préfecture de police de Paris porte 20 noms de victimes du devoir uniquement pour l’année 1961. Maurice Papon a su détourner les policiers de la tentation du contre terrorisme à grande échelle en les entraînant dans une lutte organisée contre le FLN.

    En fin de l’année 1956, une situation similaire s’était développée à Alger, avec de très nombreux attentats. La police d’Alger avait commencé à utiliser la torture, et les pieds noirs avaient développé un contre terrorisme aveugle contre la population algérienne. Le tandem au pouvoir, Guy Mollet - François Mitterrand, avait alors résolu le problème en confiant tous les pouvoirs de police au Général Massu et à ses parachutistes. En 1961, le général De Gaulle et son Premier ministre Pierre Mesmer devaient-ils faire la même chose ? L’Armée adhérait plus aux thèses de l' OAS que la police, et cela aurait tourné au massacre. L’analyse des faits montre que le comportement de certains policiers a été odieux, mais que le pire a été évité grâce au courage de Maurice Papon.

    Nous étudions dans le document " La cabale anti-Papon  ", comment les milieux intellectuels et journalistiques se sont fourvoyés à répandre sur les événements d’octobre 1961 des informations totalement erronées. De nombreux historiens les ont malheureusement reprises dans leurs livres sans avoir effectué les vérifications qui s'imposaient.

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